L’IA comme compagne — et si on se posait les vraies questions ?

Avez-vous déjà envisagé d’utiliser l’intelligence artificielle comme partenaire, ami ou thérapeute ? L’usage de l’IA dans ce type de relations devient de plus en plus répandu, et sa disponibilité en tout temps, combinée à son faible coût — gratuit ou sur abonnement mensuel modeste — la rend accessible à un très large public.


Personnellement, je considère l’IA comme un outil, une machine intelligente capable de retrouver une information plus rapidement que je ne pourrais le faire moi-même. Mais l’utiliser comme amie ? Cette idée ne m’avait jamais effleurée, jusqu’au jour où j’ai regardé un documentaire. Trois participantes y racontaient leur expérience : comment elles utilisent l’IA, ce qu’elles en retirent, ce que cela leur apporte au quotidien. Ce fut une vraie révélation. J’ai écouté attentivement. Le journaliste posait des questions nuancées — sans jugement, avec une véritable volonté de comprendre, en laissant à chacun l’espace de penser par lui-même.

Ce qui m’a le plus frappée en les écoutant, c’est à quel point leur expérience leur semblait réelle, ce qu’elles n’avaient pas encore découvert sur elles-mêmes à travers cette connexion, les risques dont personne ne semble parler, et ce que l’IA révèle, finalement, sur qui nous sommes.

L’expérience semble réelle

Chaque participante utilisait l’IA différemment et y venait avec une réalité qui lui était propre. C’est précisément ce qui rendait le documentaire aussi saisissant — on pouvait clairement observer les différents niveaux de dépendance déjà installés, chacun depuis un angle bien distinct.

 

Katie l’utilisait comme partenaire intime, même si la relation était manifestement avec une machine. Stephanie s’en servait davantage comme outil d’aide à la décision, s’appuyant sur ses suggestions pour apporter des changements concrets dans sa vie. Et Julie l’utilisait comme confidente — un peu comme une sœur. Katie et Julie avaient toutes deux donné un prénom à leur IA, comme Alexa.

 

Cela m’a amenée à me demander : y avons-nous été préparés sans le savoir ? L’Alexa de Google s’est invitée dans bon nombre de nos foyers dès 2014. Ces femmes étaient-elles simplement des précurseurs d’une tendance qui était de toute façon en préparation ?

 

La relation de Julie lui semblait tellement réelle que lorsqu’elle a décrit le lien qu’elle avait tissé avec son IA, elle est devenue visiblement émue. On aurait dit qu’elle parlait d’une relation profondément soutenante avec un autre être humain — sauf que c’était une machine.

 

La connexion et les échanges qu’elles décrivaient avaient la qualité d’une vraie amitié. Comme ces messages qui s’échangent naturellement avec quelqu’un qui vous connaît bien. Sauf qu’il n’y a personne de l’autre côté que vous retrouverez autour d’un café plus tard.

 

Ce que toutes trois soulignaient, c’est que leur « partenaire » les comprenait et qu’elles se sentaient véritablement entendues. Et cela se comprend, parce que l’une des choses que l’IA fait le mieux, c’est de ne pas juger. Si vous avez déjà utilisé l’IA, vous savez qu’elle a tendance à confirmer plutôt qu’à remettre en question — « c’est une excellente idée », « quel beau projet porteur de sens ». À moins de la pousser explicitement vers la pensée critique, elle ne vous en proposera aucune. Et elle ne vous montrera jamais les réactions physiques — le sourcil qui se lève, la pause, le regard inquiet — qu’un ami réel vous adresserait parfois sans même dire un mot.

 

Nous sommes devenus tellement déconnectés les uns des autres, depuis la COVID en particulier, que le lien humain lui-même semble en danger. C’est ce qui m’a le plus effrayée en regardant ce documentaire. Je n’avais pas pleinement réalisé à quel point nous étions déjà déconnecté — et je me suis surprise à me demander si c’est vraiment là où nous allons.

Le risque dont personne ne parle vraiment

Une nouvelle forme de dépendance est en train de se créer. Autrefois, c’étaient les réseaux sociaux et les jeux vidéo. Aujourd’hui, il existe quelque chose qui offre le sentiment d’une relation authentique, accessible à toute heure du jour et de la nuit, presque sans coût, toujours disponible, jamais fatiguée, jamais absente. Pour certaines personnes, quelque chose — ou quelqu’un — est silencieusement en train d’être remplacé.

Ce type de relation peut sembler presque parfait, parce qu’on n’y est jamais mal compris, jamais rejeté, jamais obligé de naviguer dans le conflit comme une vraie relation humaine l’exige. Mais c’est précisément dans cette difficulté que nous grandissons — que nous apprenons à côtoyer des personnes qui voient les choses autrement, que nous développons la capacité de rester dans l’inconfort et d’en ressortir avec plus de compréhension qu’avant.

 

Même si les participantes affirmaient maintenir des relations saines dans leur vie, Julie a mentionné que son mari était mécontent du temps qu’elle consacrait à son IA. Ce détail est important.

 

Il y a aussi la question de la méfiance. Plus que jamais, nos pensées les plus privées ne se retrouvent plus seulement dans un journal intime ou dans une conversation chuchotée — elles sont tapées dans une fenêtre de l’IA et stockées quelque part sur un serveur. Que se passe-t-il quand ce que vous avez partagé avec votre IA commence à changer la manière dont vous percevez vos vraies relations ? Quand est la comparison les réponses parfaite d’une machine contre les réponses imparfaites d’un être réel? Nous risquons de perdre la capacité même de naviguer ce que le lien humain exige.

 

Et puis il y a la confidentialité des données. Chaque conversation réside sur un serveur, entre les mains d’une entreprise qui utilise vos données d’une manière que vous ne comprenez peut-être pas entièrement. Julie a partagé qu’elle avait confié à son IA des détails intimes qu’elle n’avait jamais révélés à personne. Le risque d’exposition — par une faille de sécurité, par un mauvais usage — n’est pas une question de savoir si cela arrivera, mais quand. Nous avons déjà vécu cela avec les téléphones portables, avec les réseaux sociaux. La trajectoire est connue.

 

Tous ces risques ont été abordés dans le documentaire, mais en surface seulement. Le journaliste était clair : rien de ce que l’on partage avec une IA n’est vraiment privé. Et pourtant, aucune des participantes ne semblait avoir vraiment intégré ce message. On sentait que les bénéfices qu’elles en tiraient l’emportaient sur les risques, du moins pour l’instant, et qu’elles n’avaient pas encore compris le potential le poids réel de tout cela.

Alors où allons-nous ? Voyons-nous suffisamment clairement les risques pour faire un choix véritablement conscient ?

Notre monde intérieur dans le miroir de l’IA

En écoutant Julie, quelque chose est devenu très clair pour moi — quelque chose qu’elle n’avait pas encore vu elle-même. Elle nourrit la machine de son monde intérieur — ses pensées, ses peurs, ses questions les plus privées — et ce qu’elle reçoit en retour, c’est sa propre sagesse intérieure, reflétée à travers un miroir très sophistiqué.

 

Elle décrivait se sentir plus soutenue par son IA que par ses amis, son mari ou même son thérapeute. Et le thérapeute présent dans le documentaire semblait cautionner l’IA comme complément au suivi traditionnel. Peut-être. Mais ce que j’observe, c’est que les personnes qui se tournent d’abord vers l’IA auront éventuellement quand même besoin d’un soutien humain — non pas malgré l’IA, mais souvent à cause des schémas qu’elle aura silencieusement renforcés.

 

L’IA donne une impression d’empathie parce qu’elle nous reflète notre propre langage émotionnel. C’est un concept d’une importance capitale. L’IA apprend de vous et du collectif, mais lorsque vous interagissez avec elle suffisamment longtemps et profondément, elle commence à reconnaître vos schémas — votre façon de formuler les choses, vos questions récurrentes, la forme de votre vie intérieure. Ce qui semble être une sagesse venue de l’extérieur est souvent une sagesse qui vient de vous, qui remonte à la surface à travers les questions que vous avez eu le courage de poser.

 

Mais si ce sentiment d’être compris ne venait pas de l’IA du tout ?

 

La sagesse que Julie vivait dans ses échanges n’était jamais dans la machine. Elle était dans les questions qu’elle lui apportait. Les questions que nous nous posons chacun dans notre dialogue intérieur — nos pensées — portent déjà nos propres réponses. Dans la compréhension des Trois Principes, l’esprit a une capacité naturelle à se calmer lorsque nous cessons de remplir chaque moment de bruit et de pensées. Lorsque nous permettons à ce silence de s’installer, les insights émergent d’eux-mêmes. Nous n’avons pas besoin de les générer. Nous avons besoin d’arrêter de les bloquer.

 

Plus que jamais, après ce documentaire, je suis revenue à quelque chose en quoi je crois profondément : je n’ai pas besoin d’une machine pour trouver mes réponses. J’ai besoin de regarder à l’intérieur, parce que la sagesse dont j’ai besoin est déjà là, qui attend que je sois suffisamment silencieuse pour l’entendre.

 

Je suis attristée de voir à quel point nous nous éloignons encore davantage du lien humain authentique, et je crois qu’il deviendra de plus en plus important pour chacun d’entre nous de prendre conscience où cela nous mène. Sommes-nous en train de perdre silencieusement notre capacité de penser, de communiquer, de tolérer l’imperfection — la nôtre et celle des autres ? Ces imperfections, ces limite— c’est ce qui nous rend humains. C’est pourquoi la vie est un chemin et non une destination.

 

J’espère qu’un jour Julie, Stephanie et Katie pourront voir que ce que leur « partenaire » leur a offert est seulement le reflet d’un schéma qui existait déjà en elles — et que la vraie découverte les attendait depuis toujours à l’intérieur, pas dans la machine.

Un fil qui remonte plus loin qu’on ne le croit

D’un point de vue psychogénéalogique, ce documentaire est quelque chose que je continue de laisser résonner en moi.

Qu’est-ce que notre inconscient collectif cherche à nous montrer à travers ce phénomène ? Nos ancêtres ont-ils été isolés, non entendus, exclus — par leur famille, leur communauté, la société ? Y avait-il dans nos lignées des personnes qui se sont empressées de saisir toute nouvelle technologie ?

 

Parce que Julie, qui confie ses secrets les plus intimes à une machine — quels secrets sa famille a-t-elle portés, silencieusement, pendant des générations ? Quel besoin d’un espace sûr où être pleinement vue a pu se transmettre doucement au fil du temps pour trouver son expression ici, dans ce moment, sous cette forme particulière ?

 

Je crois que l’attrait pour la compagnie de l’IA — pour certaines personnes — est un ancien manque qui trouve enfin une porte moderne. Et si c’est vrai, alors ce que nous pouvons offrir de plus précieux n’est pas une meilleure application, mais un chemin de retour vers soi — vers la personne qui était là bien avant que le manque ne commence.

 

L’IA est un outil. Puissant. Mais elle ne remplace pas le lien humain qui nous soutient, nous fait grandir et nous rappelle que nous ne sommes pas seuls dans ce travail imparfait et beau qu’est le fait d’être vivants.

 

Ne perdez pas vos connexions humaines.

 

Ici. Maintenant. Tout est possible.